Ecosse. Génération référendum

Le Monde.fr | 16.09.2014| Cordélia Bonal

Le photographe Craig Easton est allé à la rencontre d’ados qui auront 16 ans jeudi et participeront pour la première fois à un vote : celui, historique, sur l’indépendance.

Indépendance ou pas, ils se souviendront longtemps du scrutin de jeudi. Pour la première fois, les jeunes Ecossais sont autorisés à voter dès 16 ans, résultat d’une demande des indépendantistes, qui comptent sur le oui des jeunes alors que les vieux, plus attachés aux liens avec l’Angleterre et préoccupés par les conséquences sur les pensions et l’épargne, sont plus réticents à larguer les amarres. Un fossé générationnel est apparu dans la campagne, au point que le camp du oui encourage les jeunes électeurs à aller déjeuner le dimanche chez leurs grands-parents pour les faire changer d’avis.

Scottish Referendum

 

Craig Easton, un photographe né à Edimbourg mais établi en Angleterre, aime mêler intimement portraits et paysages. Il est allé à la rencontre de ces nouveaux électeurs, de Glasgow à Aberdeen, des Shetlands à Edimbourg. Il a choisi des jeunes nés tous le même jour : le 18 septembre 1998. C’est-à-dire qu’ils auront tout juste 16 ans ce jeudi, jour du référendum. Le photographe leur a demandé d’écrire un court texte sur leur vote et leurs aspirations pour l’Ecosse. «Mon cœur dit oui, mais ma tête dit non», dit l’une. «Je vais voter oui pour aller vers une société plus juste», dit un autre. «Ce qui est intéressant, souligne Craig Easton, c’est qu’ils ont désormais l’âge de voter, mais pas celui de donner leur autorisation pour être photographiés, ni pour boire de l’alcool, se marier, conduire…» Le photographe, qui lui-même ne votera pas puisqu’il n’est pas résidant écossais, les a néanmoins trouvés très conscients de l’importance de leur voix, et parfois un peu écrasés par tant de responsabilités : «Ils ont très bien compris qu’il s’agit de leur futur. Il m’a semblé qu’ils étaient aussi bien informés que les adultes à qui j’ai parlé.»

Scottish ReferendumEwan Hambleton, d’Edimbourg, votera oui jeudi. Photo Craig Easton

Il n’est pourtant pas dit que les ados votent massivement oui. Alors que les séparatistes espéraient élargir mécaniquement le vote indépendantiste, ces nouveaux électeurs ne sont pas tous séduits par une séparation d’avec Londres. Selon un sondage réalisé en juin par des chercheurs de l’université d’Edimbourg, 52% des 16-18 ans sont opposés à l’indépendance, 29% seulement sont pour et 19% indécis. L’une des explications pourrait être que pour ces jeunes, habitués à voyager, nés avec Internet et la mondialisation, la notion de frontière est toute relative. Ils ont des préoccupations de leur âge. Un questionnaire distribué à 1 048 jeunes lors d’un débat télévisé à Glasgow a montré que le problème essentiel pour eux était avant tout les frais de scolarité. Les indépendantistes l’ont bien compris, qui promettent de les réduire alors qu’ils sont en pleine explosion en Angleterre. Suit, dans la liste de leurs soucis, l’économie, la monnaie et l’aide sociale. Des questions débattues passionnément sur les réseaux sociaux.

Autre preuve du fort intérêt de la «génération référendum» pour cette échéance : 109 533 jeunes entre 16 et 17 ans se sont inscrits sur les listes, soit 90 % de cette classe d’âge.

Scottish ReferendumRobert Walker, d’Inverness (centre), votera non. Photo Craig EastonScottish ReferendumAaron Coupland votera non. Photo Craig EastonScottish Referendum

 

 

 

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